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21 septembre, 2023

Les engrais minéraux azotés décarbonés en 6 questions

Chez Yara, industriel pionnier pour la décarbonation des engrais, la transformation du process de production de l’ammoniac, à la base de la production des ammonitrates haut dosage est en cours. Ces innovations laissent espérer jusqu’à 90 % de réduction de l’empreinte carbone des ammonitrates haut dosage au stade de leur fabrication. La production des premiers engrais minéraux azotés décarbonés débute cette année. Ils seront utilisés sur 400 000 ha de blé par la coopérative agricole suédoise Lantmännen.


engrais
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Qu’est-ce qu’un engrais minéral azoté décarboné ?

Lorsque l’on parle d’engrais azotés minéraux décarbonés, on parle en fait de la décarbonation du processus de fabrication de l’ammoniac (NH3).

Aujourd’hui l’ammoniac (NH3) est obtenu en combinant le diazote (N2) de l’air et le méthane (CH4) du gaz naturel. Cet ammoniac est dit gris.

Cette production est consommatrice d’énergies fossiles et engendre d’importants rejets de CO2 (le gaz représente 90% des coûts de production)

Les engrais minéraux azotés décarbonés vont être produits à partir soit :

  • D’ammoniac bleu : c’est-à-dire pour lequel le CO2 produit lors de la fabrication sera capté puis stocké afin de ne pas être émis dans l’atmosphère.
  • D’ammoniac vert : qui est produit à partir de l’électrolyse de l’eau et d’énergies renouvelables

Des engrais minéraux azotés décarbonés sont-ils déjà sur le marché ?

2023 marque une grande avancée dans ce domaine et annonce un changement majeur. L’industriel Yara, pionnier dans ce domaine avec son activité Yara Clean Ammonia, lance leur production en Norvège. La fin de l’année 2023 verra les premières tonnes d’engrais minéraux azotés décarbonés arriver en Europe, plus précisément en Suède avec le 1er contrat commercial signé avec la coopérative Lantmännen. Le déploiement à grande échelle va s’accélérer puisque Yara prévoit la fourniture de 83 000 tonnes d’engrais décarbonés en 2027 et annonce le basculement de 30 % de sa production dès 2030.

Ammoniac bleu ou vert, quelles proportions de l’un et l’autre à l’horizon 2030 ?

L’ammoniac bleu, majoritaire dans un premier temps, permettra d’atteindre l’objectif que s’est fixé Yara pour 2030 afin de fournir aux agriculteurs français des engrais minéraux azotés décarbonés. La production d’ammoniac vert utilisé par les unités de fabrication d’engrais azotés de  Montoir-de-Bretagne et d’Ambès en France se fera dans un premier temps en Norvège, aux Pays-Bas. Le site du Havre produira de l’ammoniac vert dès 2028 .

Les émissions de CO2 ne sont pas seules en cause dans des désordres climatiques actuels. Quid du protoxyde d’azote (N2O) qui est également un gaz à effet de serre (GES) ?

Avant même la décarbonation, Yara investi depuis plus de 10 ans dans la réduction des les émissions de N2O, un gaz à effet de serre puissant. La technologie catalytique mise au point par Yara a déjà permis, au stade de la transformation de l’ammoniac en ammonitrate (étape de la nitrification = acide nitrique), de réduire jusqu’à 99 % les émissions de protoxyde d’azote. Elle est définie comme une des « meilleures techniques disponibles » (MTD) pour la production d’engrais par l’Union Européenne. Sur le site de Montoir-de-Bretagne, c’est une économie de 200 000 t/an d’équivalent CO2.

Les pratiques agricoles au champ pourraient-elles encore faire baisser ce bilan ?

La décarbonation de la production constitue un progrès décisif, mais il reste en effet l’enjeu des émissions aux champs de protoxyde d’azote (N2O) qui représentent environ 60% des émissions totales de GES d’une parcelle agricole. Ces émissions résultent de phénomènes naturels microbiologiques indépendamment de l’origine de l’azote apporté. Les leviers d’action à notre disposition sont encore limités : gestion du pH du sol, utilisation raisonnée d’inhibiteur de nitrification. L’optimisation de la fertilisation azotée (dose d’azote, forme d’engrais, fractionnement et pilotage) reste un levier à privilégier en priorité : le choix de l’ammonitrate plutôt que la solution azotée ou l’urée constitue une solution réelle. L’azote de l’ammonitrate est plus efficace et mieux absorbé par les cultures, il permet d’en apporter moins. L’ammonitrate réduit ainsi à la fois les émissions ammoniacales et le bilan carbone de la culture tout en utilisant des engrais produits localement avec moins d’émissions liées au transport.

Quel est l’effet de la décarbonation des engrais minéraux azotés sur le bilan carbone des cultures et des produits transformés ?

Pour les agriculteurs, sans aucun changement de pratiques, les engrais décarbonés permettront de réduire l’empreinte carbone des productions, de 10 à 30 % selon les cultures (20 % pour le blé par exemple). Ainsi, l’empreinte carbone des produits alimentaires diminuera quant à elle de 10 à 20 % (12 % pour le pain par exemple).