Glomfjord, situé dans la partie nord de la Norvège, près du cercle polaire, n’était pas le site idéal pour y installer une usine de production d’engrais (la plus septentrionale au monde) ; il n'est donc pas étonnant qu’il ait fallu un certain temps avant que de l’engrais n’y soit véritablement produit.
L’histoire de l’usine de Glomfjord remonte presque à la naissance de Norsk Hydro en 1912, date à laquelle la société Glomfjord Aktieselskab acquit les droits d’exploitation des chutes de Glomvik et Haugvik, et commença à construire des centrales hydroélectriques.
Le juge de district suédois Knut Tillberg, celui-là même qui avait permis la rencontre entre Sam Eyde et Marcus Wallenberg et l’un des premiers actionnaires de Norsk Hydro, fut l’homme à l’origine du projet. Tillberg envisageait ainsi d’utiliser l’énergie hydroélectrique pour créer un “nouveau Rjukan”. LIEN
« Glomfjord Aktieselskab » fut établie pour construire une centrale électrique et permettre la production d’azote sur l’île voisine de Meløy. Mais avant même que la centrale hydroélectrique ne soit terminée, la nouvelle technique Haber, développée en Allemagne en 1914, avait rendue la production d’azote à partir de l’énergie hydroélectrique non rentable. L’usine ferma ses portes au moment du déclenchement de la Première Guerre mondiale, et les 160 employés furent licenciés.
En 1918, l’entreprise publique norvégienne de production d’énergie fut rachetée. La centrale électrique fut achevée en 1920 avec deux turbines Pelton, chacune pouvant produire 25 000 chevaux-vapeur à partir de la chute d’eau de 442 mètres de haut. Les turbines furent par la suite mises à niveau pour produire 27 500 chevaux-vapeur chacune.
Le rachat de l’usine de Glomfjord résulte en partie de la conviction du premier ministre norvégien Gunnar Knudsen : « … s’il est une centrale hydroélectrique qui peut prospérer, c’est bien Glomfjord. »
Quand le zinc s’écroule…
L’objectif était alors de produire du zinc à Glomfjord. Glomfjord Smelteverk fut fondée en 1918 et constituée officiellement en janvier 1919. La fonderie bénéficia de 5 millions de couronnes norvégiennes (environ 600 000 euros au cours de 2003) de capital social. Cependant, dès 1920, la crise menaçait : après deux ans de forte croissance, les prix du zinc chutèrent d’un tiers par rapport à 1919.
Le capital social fut porté à 12 millions de couronnes norvégiennes (environ 1,5 million d’euros au cours de 2003) mais cela ne suffit pas. Le marché s’effondra. En mai 1923, la faillite était imminente et la société ferma ses portes sans même avoir pu produire.
… mais que faire de l’énergie ?
En 1924, la fonderie fut rachetée par l’état, mais resta fermée malgré l’exploration de quelques pistes. Des négociations furent menées avec différentes sociétés sur l’achat de l’électricité de l’usine.
La question de la production d’engrais sur le site avait déjà été soulevée au cours du débat parlementaire sur l'achat de la centrale électrique de Glomfjord. Un ancien ingénieur de Hydro se rapprocha du ministre de l'agriculture et lui expliqua : « Hydro est le seul producteur d'éléments nutritifs pour végétaux en Norvège, c'est une entreprise financée exclusivement par du capital privé, dont le seul intérêt est de rapporter le plus de dividendes possible à ses actionnaires. »
Mais l’idée de produire de l’engrais à Glomfjord ne fut pas concrétisée – du moins pas encore.
Après le zinc, l’aluminium
Dans le même temps (1926), la construction d’une fonderie d’aluminium financée par des capitaux anglais s’achevait à Haugvik. A l’époque, les étrangers n’avaient plus le droit d’exploiter directement l’aluminium norvégien. Les Anglais obtinrent néanmoins une concession pour l’usine par le biais de la International Aluminium Company Ltd. malgré les nombreux opposants arguant que « le trésor familial était vendu à bas prix à des profiteurs étrangers ».
La société britannique disposait d’une centrale électrique au Pays de Galles et de mines de bauxite en France. Elle racheta les bâtiments de l’usine à l’état norvégien et commença à investir dans de nouvelles installations.
Haugvik fut la sixième et dernière usine d’aluminium à être construite en Norvège avant la Seconde Guerre mondiale. Toutes ces usines bénéficiaient alors de capitaux étrangers.
L’usine fut opérationnelle en 1927 et enregistra de bons débuts, malgré quelques problèmes de vente de ses produits dans les premières années. Jusqu’en 1930, l’usine acheta deux fois plus d’énergie (en volume) que prévu, et en 1929, elle produisait 9 500 tonnes d’aluminium avec 24 000 kilowatts. L’usine de Haugvik générait un profit de plus en plus important, lequel fut distribué à ses propriétaires anglais.
Une exploitation stoppée suite à un sabotage
Lorsque les Allemands occupèrent la Norvège et prirent le contrôle de l’usine, la production d’aluminium de Glomfjord était coordonnée par la société Nordag – “Nordische Aluminiumgesellschaft”. L’aluminium était un matériau stratégique dans l’industrie guerrière allemande.
Herman Göring lui-même souhaitait faire passer la production d’aluminium en Norvège de 30 000 tonnes par an en 1940 à 180 000 tonnes en 1944. A titre de référence, en 1940, la production mondiale totale était de 600 000 tonnes.
L’activité de Haugvik générait des surplus raisonnables au début de la guerre mais en 1942, les Allemands furent confrontés à des déficits en raison de problèmes de matières premières. Les Allemands souhaitaient développer la centrale électrique avec dans l’idée créer une nouvelle unité de production d’aluminium à grande échelle. Cependant, 12 commandos alliés mirent un coup d'arrêt aux projets allemands les 20 et 21 septembre 1942 en détruisant les pipelines et une partie de la centrale électrique.
De l’aluminium à l’ammoniac
Après la guerre, il était clair que l’énergie de Glomfjord devrait être utilisée à des fins industrielles, mais lesquelles ? La capacité des usines s’élevait à quelque 500 millions de kilowatts/heure.
A l’été 1946, le parlement norvégien, le Storting, voulut transférer l’énergie vers une nouvelle usine de fer à Mo i Rana, mais cela s’avéra difficile. L’état proposa à Hydro de racheter l’énergie pour alimenter une nouvelle usine de production d’ammoniac.
Le 10 juillet 1947, un an pile après l’initiative du Storting visant à transférer l’énergie à Mo i Rana, un accord fut conclu entre Hydro et l’état pour la reprise de la production d’énergie à Glomfjord dans le but de produire de l’ammoniac. Ce contrat entre l’état norvégien et Hydro resta en vigueur jusqu’au 1er juillet 2007.
Deux années s’écoulèrent avant que la première citerne d’ammoniac ne soit transférée de Glomfjord à Porsgrunn et Herøya. Mais en 1949, l’énergie hydroélectrique de Glomfjord avait enfin trouvé une application à long terme.
Sources :
“Vekstkraft.” Hydro Glomfjord, 1947-1997, par Marit Hernes et Eirik Fiva. Bodø, 1997.
“Med Norge i Vekst”, 75 ans d’histoire de Norsk Hydro.
Editeur : Jon Storækre, Oslo, 1980.