La ville de Herøya, située à proximité de Porgsrunn, se trouve au croisement du fjord d’Oslo et du fleuve Tinnelv, qui traverse Rjukan et Notodden. Au début de l’année 1928, cette ville ne compte que quelques petites fermes et de nombreux lièvres dont Herøya tire probablement son nom (le mot « hare » signifie lièvre en norvégien). Aujourd’hui, les fermes ont laissé place à une industrie florissante, mais on peut toujours y voir ça et là des lièvres gambadant dans ce qui est devenu le plus grand site industriel de Norvège.
Les hommes qui arrivent à Herøya le 1er février 1928 afin d’y faire place nette ont d’autres préoccupations que la faune et la flore. Les premiers jours, ils se consacrent au déblaiement de la neige. Une fois la neige dégagée et les arbres abattus, le rythme des travaux s’accélère et d’autres travailleurs arrivent. En 1929, on ne compte pas moins de 1500 ouvriers sur les chantiers de construction de Herøya.
Le 12 mai de la même année, la ville est prête à recevoir sa première livraison d’ammoniac en provenance de Rjukan. Seize mois au total se sont écoulés entre le premier coup de pelle et la finalisation de l’usine d’engrais. Très vite, les premières cargaisons de nitrate de calcium –
une forme améliorée du « nitrate de Norvège » – quittent Herøya. Les travaux d’installation réalisés plusieurs décennies auparavant à Notodden et à Rjukan, plus en amont de la rivière, dans le haut du Telemark se répètent désormais dans la partie basse de ce comté.
Ces travaux sont l’étape préalable à la réalisation d'un projet de grande envergure, à savoir la construction et la mise en fonctionnement d'une usine. Divers bâtiments annexes voient le jour, notamment un entrepôt de stockage des matériaux, une cantine et même une caserne de pompiers, mais ils sont tous provisoires. L’homme en charge des travaux de construction est Tormod Gjestland. Fort de son expérience acquise à Rjukan, il a été choisi pour être le premier directeur de ce que l’on appelle désormais Hydro Porsgrunn.
Les usines et autres activités installées à Herøya créent un grand nombre d’emplois. Les postulants sont suffisamment nombreux. Par ailleurs, il est aussi possible de transférer du personnel de Notodden. Tout au long des années 1930, on assiste à une véritable explosion du nombre de constructions à Herøya ainsi que dans toute la région de Porsgrunn, où certaines familles bâtissent leur maison pour la deuxième fois.
La réponse à des questions cruciales
L’électricité et la pierre à chaux sont deux éléments majeurs de la production d’engrais. Les usines Hydro de Rjukan et Notodden sont situées non loin de centrales électriques, mais pas à proximité d’une carrière de pierre à chaux. Cette dernière leur est acheminée par voie fluviale de la région de Grenland qui surplombe Herøya, d'où les produits finis sont ensuite expédiés aux clients.
Les premières usines de Hydro ont été installées à Notodden et à Rjukan car les technologies permettant le transport d'importantes quantités d’énergie n’en étaient encore qu’aux balbutiements. L’électricité devait donc être utilisée à l’endroit même où elle était produite. Par conséquent, la pierre à chaux devait être transportée jusqu’aux usines tandis que les produits finis faisaient ensuite le voyage en sens inverse avant leur expédition au client.
Lors de la construction de l’usine de Herøya, les progrès réalisés dans le domaine des technologies appliquées à l’électricité permettent désormais d’installer des sites de production à proximité d’un port. Hydro a commencé à acquérir des biens immobiliers à Herøya durant la Première Guerre mondiale. Lorsqu’en 1927, la société passe un accord d’achat de licence avec IG Farben, elle possède déjà suffisamment de terrains pour y construire des usines.
La ville de Herøya présente également divers avantages, parmi lesquels un accès facile à des carrières de pierre à chaux et à une eau douce et pure, la proximité d’un port aux caractéristiques idéales dans lequel l’eau ne gèle pas ou très rarement en hiver, ainsi que de formidables opportunités de développement du transfert d’électricité et du transport par chemin de fer. En outre, les échanges entre Herøya et les usines situées dans les terres peuvent s’effectuer par voie ferrée ou par bateau. Herøya apparaît donc comme la réponse à certaines questions cruciales que se posaient jusqu’alors les hauts dirigeants de Hydro.
L’heure de l’expansion a sonné
Au milieu des années 1930, la société Hydro entrevoit certaines opportunités de production d'engrais complexes, les NPK (composés d’azote, de phosphore et de potassium). Ce projet est fondé sur la découverte faite par l’ingénieur Erling Johnson au sein de l’entreprise Odda Smelteverk et également connu sous le nom de « procédé Odda » - une technique qui consiste à dissoudre du phosphate de calcium dans l’acide nitrique pour ensuite le transformer en engrais.
Les essais de fabrication débutent en 1936 tandis que la production de NPK est véritablement lancée en 1938. Par la suite, Hydro rachètera des brevets à Johnson (1947) et développera ainsi un nouveau procédé de fabrication des NPK qui est encore utilisé aujourd’hui à Herøya sous le nom de « procédé Hydro ». Johnson cèdera également une licence à BASF qui mettra alors au point ce qui deviendra ensuite le « procédé BASF ».
De nouveaux produits – un plus grand nombre de secteurs d’activité
La production d’engrais continue de se développer à Herøya et, durant les années 1930, le nitrate de sodium (même composition chimique que le nitrate du Chili naturel) fait son apparition dans la gamme de produits dont font également partie l’urée et le nitrate d’ammonium.
Par la suite, les nouveaux secteurs d’activité de Hydro contribuent à faire de Herøya l’un des plus grands sites industriels de Norvège.
Le procédé Haber/Bosch
Ce procédé consiste à produire de l’azote (N2) grâce à l’air ambiant ainsi que de l’hydrogène (H2) à partir d’une source en contenant tels que des hydrocarbures ou de l’eau. Ces éléments sont ensuite combinés à de l'ammoniac (NH3). La réaction sur laquelle repose ce procédé se produit dans un réservoir de compression où l’azote et l'hydrogène se lient à l'ammoniac sous l'action de la pression, de la température et d’un catalyseur au fer (FE). Cette réaction est ce que l’on appelle une « synthèse », c’est pourquoi le procédé Haber/Bosch est également connu sous le nom de « méthode de fabrication de l’ammoniac » ou « synthèse Haber/Bosch ». L’ammoniac doit ensuite être transformé en acide nitrique pour permettre la production d’engrais. La synthèse Haber/Bosch demeure le procédé de fabrication de l’azote le plus utilisé actuellement pour la production d’engrais.