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Coopération et parts de marché durant la Grande Dépression

Si les années 1920 ont été difficiles, les années 1930 l’ont été encore davantage. Mais pour comprendre comment Hydro est parvenu à faire face à la Grande Dépression, il faut tout d’abord remonter aux années 1920.

En août 1926, le conseil d’administration de Hydro donne son feu vert à la construction d’une usine d’ammoniac à Notodden. Cette décision est fondée sur un accord passé avec la société d’ingénierie américaine NEC qui a mis au point une technologie de fabrication de l’ammoniac aussi efficace que la technologie allemande.


Toutefois, la direction de Hydro a d’autres préoccupations. La formation de cartels étant fréquente sur le marché de l’ammoniac, il devient en effet de plus en plus urgent de positionner clairement les engrais, et notamment l’azote, sur le marché.


Même si la technologie américaine semble prometteuse, de nombreux problèmes subsistent. La direction de Hydro préférerait développer une technologie interne et construire ensuite une usine aux capacités de production élevées. Toutefois, cela ne se produira pas.


Lorsqu’en 1927, Axel Aubert succède à Harald Bjerke au poste de directeur général de Hydro, la société décide de mettre en place une étroite collaboration avec l’entreprise allemande I.G. Farbenindustrie (Farben), d’où l’application de la technologie allemande de fabrication de l’ammoniac, ce qui entraîne une extension considérable des usines de nitrate de calcium de Rjukan.

De grands projets à l’horizon
Le 9 février 1928, la nouvelle usine de synthèse de Notodden entre en fonction. La technologie employée est fortement inspirée de la méthode américaine, mais plusieurs aspects importants de l’usine ont été retravaillés par les ingénieurs et chercheurs de Hydro. Les résultats sont très satisfaisants.


La même semaine, les travaux débutent à Herøya, près de Porsgrunn, où des usines doivent être construites avec la coopération de I.G. Farben.


De manière générale, les travaux effectués par Hydro à la fin des années 1920 sont colossaux. La société abandonne la production du traditionnel nitrate de Norvège au profit du « nitrate de calcium Badische ». Les usines de Rjukan adoptent le procédé allemand de fabrication de l’ammoniac. Des grandes usines sortent de terre à Herøya, tandis que les centrales électriques de la société passent du courant alternatif au courant continu. Tous ces chantiers doivent être achevés en deux ans. Plus de 6000 personnes au total participent à leur réalisation.

Un sentiment de satisfaction – à la veille de la dépression
D’un point de vue technique, ces projets sont une réussite. Le 19 octobre, Hydro organise à Rjukan un grand banquet auquel sont conviées plus de 30 000 personnes. Le directeur général, Axel Aubert, qui était favorable à une réalisation rapide de l’ensemble des projets, est ravi et ce, à juste titre.


Tous les employés de la société, cols blancs et cols bleus confondus, sont invités à venir déguster bières et saucisses dans une usine désaffectée. Quatre jours après cette grande fête, la Bourse de Wall Street s'effondre.


La société Hydro a réussi sa mutation, mais le marché de l’ammoniac s’écroule brutalement. Le krach de Wall Street laisse très vite place à la Grande Dépression.


Les énormes investissements réalisés par Hydro ne peuvent être rentabilisés que si les usines tournent à plein régime. De nouvelles négociations ont lieu avec I.G. Farben. Elles aboutissent à un accord garantissant à Hydro la vente d’au moins 83 000 tonnes d’azote. Cela équivaut à près de trois fois la production de la société au milieu des années 1920 et correspond quasiment à la capacité de production maximum des usines. Au début des années 1930, la production d'ammoniac d'I.G. Farben est plus de cinq fois supérieure à ce chiffre.

Protectionnisme
Face aux difficultés du marché, les producteurs de nitrate tentent de limiter la concurrence et recherchent des opportunités de collaboration. Hydro joint alors ses forces à I.G. Farben et à la société britannique ICI. C’est ainsi que voit le jour la coopération DEN (Deutschland - England – Norway). D’autres producteurs forment des alliances similaires.


Durant cette période, le protectionniste devient très vite une pratique de plus en plus courante dans le monde entier. Dans ce contexte, Hydro apparaît plus vulnérable que la plupart des sociétés car le marché norvégien est restreint : au début des années 1930, seuls 5 % de sa production sont vendus en Norvège.
Les années suivantes s’avèrent difficiles. La société Hydro se voit contrainte de licencier des employés. La demande demeure faible et les prix chutent. En outre, la dépression engendre un certain nombre de conflits sociaux, tant en Norvège que dans le reste du monde.


L’accord conclu avec I.G. Farben joue un rôle essentiel dans les ventes d'engrais de Hydro. Malgré tout, l’entreprise est aux prises avec des difficultés, notamment financières. L'exercice fiscal 1933/1934 se solde d’ailleurs par une perte pour Hydro.


Puis, l’entreprise renoue avec la croissance dans la seconde moitié des années 1930. Le marché de l’azote repart à la hausse et Hydro récolte progressivement les fruits des mesures prises afin de rehausser sa rentabilité. Certains problèmes subsistent toutefois, notamment du fait des politiques commerciales de l’époque et des fortes fluctuations des taux de change.


Hydro enregistre un bénéfice élevé à l'issue de l'exercice fiscal 1938/1939. Il est alors décidé lors de l’assemblée générale annuelle qui se tient à Notodden de verser un dividende de 7 % aux actionnaires privilégiés, contre 6 % pour les actionnaires ordinaires.


Néanmoins, la tendance n’est pas à l’optimisme. Une nouvelle guerre éclate sur le continent, dans laquelle la Norvège sera bientôt engagée.

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