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En norvégien, Yara signifie une bonne récolte et une bonne année

Donner un toit aux ouvriers

La communauté au sein de laquelle s’est implantée Hydro était peu développée au début du XXè siècle. L’industrialisation et le développement de l’énergie hydroélectrique allaient très vite bouleverser le quotidien de Notodden.

Notodden, historical pictures

La population de Notodden, à l’origine une petite colonie du comté de Telemark, dans le sud de la Norvège, dépassait déjà les 2 000 habitants en 1907 à la fin des travaux de construction. Quelques années plus tard, elle atteignait les 10 000 habitants et en 1913, elle obtenait son statut de ville. Notodden était devenu le lieu où s’établir car le travail y abondait : sur les chantiers de construction et dans les usines mais aussi dans les industries de service résultant de l’industrialisation. Des emplois d’un nouveau type et la promesse d’un style de vie plus moderne ont attiré les ouvriers comme les intellectuels, les hommes comme les femmes, tous ceux qui tentaient d’échapper au carcan de l'ancienne société agricole. Toute cette population, une fois arrivée en ville, contribua à la création d’une société monétaire et de classes.


C’est cette main-d’œuvre quasi anonyme qui permit à la Norvège de devenir une nation industrielle moderne.

« Une vraie ruche – à l’américaine »
« C’est une vraie ruche. Les maisons individuelles poussent comme des champignons et il règne comme un petit goût d'Amérique », rapporte un journal local le 31 octobre 1904. Un an et demi plus tard, Notodden dispose de son propre journal intitulé « Teledølen », confirmant la rapide expansion de la ville. « De nouveaux magasins s’établissent, de nouvelles entreprises se créent, les anciennes bâtisses sont rénovées. Les prix des loyers flambent, avoisinant ceux de Christiania.. », peut-on lire dans une édition de mars 1906.

Sous « le joug de la civilisation »
« La douce Notodden avec ses forêts paisibles et ses chutes rugissantes…, est aujourd’hui tombée sous le joug de la civilisation. Les pins sur les landes et le long de la rivière ont fait place aux usines, aux habitations des ouvriers, aux magasins, aux nouveaux venus, aux ateliers. Il n’y avait pas suffisamment de logements alors partout on coupait des arbres et on défrichait pour construire… », rapporte un journal local le 15 avril 1906.


Le journal national Aftenposten fit également mention dans plusieurs de ses reportages consacrés à la ville de la pénurie de logements. « Face à la forte hausse de la population, nous sommes actuellement confrontés à une pénurie d’infrastructures. Mais, comme nous l’avons déjà mentionné, des rues et même des villes doivent être construites. Notodden ne dispose pas encore de sa propre mairie ni de sa propre église, mais chaque chose en son temps. La ville bénéficie cependant d’un bureau de poste, d’un poste de police et, bien sûr, d’une imprimerie et d’un journal local », rapporte l’Aftenposten le 2 novembre 1908.

Le Klondike du nord

« Notodden est le Klondike du nord. Elle a poussé comme un champignon et est bien trop mal organisée pour être considérée comme une ville à part entière », commente le journal national Socialdemokraten le 5 décembre 1908.


A l’époque, il était peu courant que des employeurs bâtissent des maisons pour leurs employés. Eyde, alors directeur général de Hydro, fut un véritable pionnier en la matière. C’est ainsi qu’à son initiative Hydro s’engagea dans un vaste programme de construction de logements pour les cols bleus et les cols blancs.


Néanmoins, Eyde reconnut qu’il eut « quelques difficultés à convaincre les actionnaires français d’accepter son projet – car le logement de leurs ouvriers ne figurait pas dans leurs préoccupations. »


Des maisons vertes
« Lors de notre visite ce lundi, nous avons découvert des rues bordées de bâtiments de briques à trois étages ; les rangées d’arbres avaient fait place à des rangées de bâtisses vertes sans beaucoup de charme », rapporte le journal local le 11 juin 1909. Le projet de construction destiné aux premiers ouvriers était achevé. Plusieurs autres projets de ce type allaient suivre.

 
Le 14 mars 1910, un journal local rapporte que l’usine d'acide nitrique a acheté un grand lopin de terre pouvant accueillir 50 maisons pour loger les ouvriers. Dix maisons seront construites dans un premier temps et les autres suivront. Elles coûteront entre 2 800 et 4 300 couronnes norvégiennes (l’équivalent de 350 et 550 euros au cours de 2003) et les ouvriers pourront opter pour le modèle de leur choix en fonction du prix. Des prêts immobiliers seront également mis en place, relate le journal.

Villamoen et Admini

Les maisons construites pour les cols blancs à Villamoen étaient fort intéressantes, mais furent éclipsées par le splendide centre d’administration – Admini – érigé début 1906, selon les plans de l’architecte Henning Kloumann. Admini était un projet mûrement réfléchi dans le plus pur style de Eyde. Hydro serait maintenant en mesure de recevoir ses visiteurs, proches ou lointains, comme il se doit.

 
Mais ce n’était pas tout. Admini pouvait également être utilisé au bénéfice de la société. « Lorsque nous rencontrions des difficultés et qu’un certain pessimisme régnait, j’organisais une petite soirée avec mes collaborateurs en ce lieu. C’est étonnant comme la camaraderie et la confiance mutuelle peuvent aider à redonner l’espoir et l’envie de se battre. Le centre d’administration de Notodden, et spécialement son vaste hall orné de sculptures de style norvégien, est riche de souvenirs de ces premières années tumultueuses », écrit Eyde.


Ces temps nouveaux étaient également marqués par le fait que le travail était organisé et réalisé par de jeunes employés triés sur le volet, comme l’illustre la petite anecdote suivante.


Un général français nommé Negrier était venu visiter le site ; il était accompagné dans sa visite de Dr. Emil Collet, alors responsable des opérations des usines.


« Jeune homme, dit Negrier, je suis très impressionné, mais j’aimerais bien rencontrer le directeur de l’usine. »
« Rien de plus simple Monsieur, rétorqua Collet. Je suis le directeur, et malgré mon jeune âge, je suis l'employé le plus vieux de la société, excepté le directeur général, Monsieur Eyde. » Collet avait 30 ans à l’époque.

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