La Première Guerre mondiale a fait s’envoler le prix des denrées alimentaires en Norvège et les ouvriers les plus modestes commençaient à manquer de nourriture. A Notodden, la situation était devenue si critique que nombre de personnes n’auraient pu survivre aux années de guerre sans les coupons alimentaires distribués par Hydro.
L’argent manquait avant même qu’arrivent la fin de la semaine et la paie, même si les ouvriers essayaient de manger le strict minimum. La nouvelle d’une révolution en Russie attisa les esprits de nombre d’ouvriers. Des associations de travailleurs furent créées à Notodden sur le modèle russe. La menace de grèves et d’actions radicales du prolétariat planait sur le gouvernement et le patronat.
On ne peut bien travailler le ventre vide. Les travailleurs étaient exténués – et la réduction du temps de travail à huit heures apparaissait progressivement comme la solution. La demande en fut faite à Christiania (aujourd’hui Oslo) au printemps 1918 et résona jusqu’à Notodden et Rjukan.
Près de 2 000 personnes participèrent à la parade du Premier Mai de Notodden avec pour slogan « Oui à la journée de huit heures ». Ces mouvements aboutirent à une résolution demandant une législation sur la question.
Lors d’une réunion ultérieure entre dix leaders syndicalistes, il fut décidé de ne pas attendre et de mettre en œuvre la journée de huit heures immédiatement. Les travailleurs de Hydro mirent cette décision à exécution. Lorsque la sirène de l’usine retentit à la fin de la journée suivante, les lieux avaient déjà été désertés ; tous les employés étaient partis deux heures plus tôt. Les travailleurs de Rjukan ne tardèrent pas à emboîter le pas de leurs collègues de Notodden.
Le patronat ne mit pas longtemps à réagir et donna l’ordre de respecter l’horaire. Les travailleurs ignorèrent l’ordre. Dans le même temps, l’association des employeurs commença à négocier avec une délégation de Notodden et Rjukan. Il en résulta un accord provisoire sur une semaine de travail de 51 heures, dans l’attente d’une législation officielle.
Cette proposition fut relayée aux travailleurs pour accord. Les travailleurs de Rjukan l’acceptèrent mais pas ceux de Notodden ; le compromis fut rejeté par « une large majorité », écrit un journal local dans son édition du 22 juin.
Deux des leaders syndicalistes rencontrèrent également le premier ministre, Gunnar Knudsen, et lui demandèrent de s’engager à promulguer une loi à ce sujet au plus vite. Cette loi fut promulguée à l’été 1919. Les dix leaders syndicalistes de Notodden furent accusés d’avoir provoqué une émeute et condamnés à payer une amende de 10 couronnes suédoises (l’équivalent de 1 euro au cours de 2003).
Ces amendes ne furent jamais payées, même si la journée de huit heures le valait bien.