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En norvégien, Yara signifie une bonne récolte et une bonne année

Trois hommes remarquables

Kristian Birkeland, Sam Eyde et Marcus Wallenberg sont considérés comme les fondateurs de Hydro. Personnages hors du commun, ils se sont tous distingués dans leur domaine respectif. Leur association résulte néanmoins d’une heureuse coïncidence.

Depuis près d'un siècle, le rôle des trois fondateurs de Hydro et les différents honneurs qu’ils méritent ont fait l’objet de nombreuses discussions. Le débat s’est particulièrement centré sur Eyde et Birkeland. Eyde pensait que sa contribution à l’exploitation du concept d’arc électrique avait été sous-estimée ; il a donc contribué à alimenter la controverse.


La relation entre Eyde et Birkeland s’est délitée au fil des ans. Lors de la célébration de son 50è anniversaire en 1916, Eyde a déclaré : « Autant Birkeland et moi-même étions liés les premières années, autant nous nous sommes éloignés au fil des ans… »


Les opinions varient également sur le rôle de Marcus Wallenberg. Il était considéré comme l’égal de Eyde voire comme l’instigateur clé de la création de la société. Cette idée semble acquise tandis que les rôles de Birkeland et Eyde semblent plus contestés.


Au cours des premières années d’existence de Hydro, Wallenberg et Eyde donnèrent le ton. Les deux hommes étaient fort compétents et se complétaient. L’assurance de Eyde était contrebalancée par la minutie de Wallenberg.


« La confiance mutuelle qui existait entre lui et moi nous a permis de réaliser l’impossible », écrivait Eyde dans ses mémoires. Les deux hommes formaient une paire efficace.

Et les nominés sont…
Kristian Birkeland fut nominé pour le prix Nobel à sept reprises – dans les catégories physique et chimie. A trois occasions, il fut nominé avec Sam Eyde.


Eyde écrit dans ses mémoires qu'il est honteux que Birkeland n’ait jamais obtenu de prix Nobel mais l’on pense qu'il entendait par là que lui et Birkeland n'aient jamais obtenu de prix Nobel. C’est d’ailleurs peut-être l’une des raisons pour lesquelles Birkeland n’a jamais remporté ce prix seul. Au final, ce sont les chimistes allemands Fritz Haber et Carl Bosch qui se sont vu décerner le prix pour le développement d’une nouvelle technologie de production d’ammoniac moins consommatrice en énergie.


En tout état de cause, plus qu’un prix Nobel, ce qui importa pour la société Hydro c’est que Birkeland, Eyde et Wallenberg allient leurs forces afin que leurs visions et projets aboutissent, et ce dès le début du XXè siècle. Les réactions à cette alliance oscillaient entre enthousiasme et gratitude et incrédulité et jalousie, et tous connurent leur lot de succès et d’échecs.

Samuel Eyde

Samuel Eyde (1866-1940) :
Sam Eyde a grandi dans une famille de marins établie à Arendal dans le sud de la Norvège. A cette époque, le transport maritime connaissait encore ses heures de gloire. Mais Sam comprit très tôt que sa vocation n’était pas de rejoindre la marine marchande. Il décida alors d’étudier l’ingénierie à Berlin ; à la fin de ses études, il s’installa en Allemagne et y resta dix ans.


Eyde regagna ensuite la Norvège où il s’établit en tant qu’entrepreneur puis s’engagea dans des projets d’envergure de plus en plus grande, en s’inspirant du modèle américain. Il avait une approche véritablement internationale même s’il se plaisait à répéter que son objectif premier était de développer la jeune nation norvégienne.


Capitaine d’industrie, Eyde était renommé à la fois pour son extraordinaire pragmatisme et ses exceptionnelles qualités de visionnaire. Il était ainsi capable de travailler sur des questions pratiques urgentes tout en planifiant le financement et l’organisation de projets futurs.


Eyde faisait preuve d’un exceptionnel dynamisme et d’une énorme capacité de travail qu’il appliquait tous azimuts, à tel point qu’on lui reprocha de trop se disperser. Il avait de bonnes aptitudes sociales, qu'il savait parfaitement exploiter, aussi bien avec ses collaborateurs qu’en réunion avec des dirigeants et des ouvriers. Ses compétences organisationnelles étaient par ailleurs indéniables.


Mais c’était aussi un homme vaniteux en quête de reconnaissance pour le processus d’industrialisation qu’il avait contribué à mettre au point. Son autobiographie, qui fut publiée juste quelques mois avant sa mort en 1939, est à bien des égards un véritable plaidoyer en sa faveur. Eyde voulait marquer l’histoire et il y est parvenu.

Kristian Birkeland

Kristian Birkeland (1867-1917) :
A l’âge de 30 ans, Kristian Birkeland devint professeur de physique à l'université de Christiania (aujourd'hui Oslo). Mais il était plus qu’un simple universitaire, comme en témoignent ses travaux d’inventeur. Il déposa 59 brevets et regretta de ne pas avoir pu mieux exploiter quelques-unes de ses inventions. Comme le rayon X, sur lequel il travailla en 1895.


La profusion d’idées de Birkeland peut paraître infinie. Ses brevets ont trait à des dispositifs aussi divers que les canons électromagnétiques, les fours de fusion électrométallurgiques, les procédés de durcissement des graisses, les prothèses auditives et le traitement des déchets organiques. Mais la plupart de ses inventions n’ont pas dépassé le stade du brevet. Il travailla par ailleurs sur une méthode d’exploitation de l'énergie atomique.


Kristian Birkeland débuta sa carrière de chercheur en tant que mathématicien pur, avant de s’intéresser à la physique théorique et expérimentale. Il fut l’un des plus éminents chercheurs en astrophysique de son époque et réalisa des expériences spectaculaires dans son laboratoire universitaire où il reproduisit des phénomènes tels que les aurores polaires et les anneaux de Saturne. Il conduisit également plusieurs expéditions périlleuses pour élargir ses connaissances dans ces domaines.


Lors des différentes phases de développement de Norsk Hydro, l’implication de Birkeland s’avéra cruciale. Il travailla d’arrache-pied pour que ses idées puissent être appliquées à une échelle industrielle et il joua un rôle prépondérant lorsque, quelques années plus tard, Hydro dut remplacer ses fours par des dispositifs de plus grande envergure sur son site de Notodden. On dit que Birkeland a travaillé jour et nuit entre 1903 et 1907 avant de retirer ses intérêts participatifs dans Hydro.


Sa contribution à la promotion du développement industriel en Norvège témoigne de sa foi en la science et son importance dans la modernisation du pays.


Sur le plan personnel, Birkeland était un homme complexe et peu ordinaire ; parfois on l’a même qualifié de visionnaire. Il pouvait être enthousiaste et exalté mais souffrait également de troubles mentaux. Pendant ses périodes de travail intense, il se négligeait et allait même jusqu’à ne plus s’alimenter et ne plus dormir.
Dans un article publié en 1994, le professeur de physique Alv Egeland évoquait Birkeland en ces termes : « Etudier la vie et l’œuvre de Birkeland est une véritable aventure. Ses aptitudes intellectuelles devaient être énormes. »


En Norvège, Birkeland est connu de tous, ne serait-ce que par sa présence sur les billets de 200 couronnes norvégiennes émis par la Banque de Norvège depuis 1994.

Marcus Wallenberg

Marcus Wallenberg (1864-1943) :

Marcus Wallenberg a suivi des études d’avocat et, dès 1890, a travaillé pour la banque Enskilda de Stockholm. Il est issu d’une grande famille de banquiers et d’industriels ayant contribué au développement économique de la Suède, de la Scandinavie et de l’Europe.


Marcus Wallenberg, à l’instar des autres membres de sa famille, se voulait un homme discret. Le simple fait qu’il ait été membre du conseil d’administration de Hydro pendant 37 ans – traversant les périodes fastes et moins fastes - en dit long sur ses qualités personnelles.


Depuis sa mort, on le salue tout autant pour le rôle qu’il a joué dans le développement économique de la Suède au cours de la première moitié du XXè siècle. Sa contribution est telle qu’elle peut expliquer en partie l’apparente paix qui a régné tout au long du siècle entre les gouvernements successifs du pays et le milieu financier représenté par les Wallenberg.


Entre 1814 et 1905, dans le cadre de l’Union, la Norvège et la Suède développèrent d’étroites relations économiques. Il était évident que Marcus Wallenberg et son demi-frère Knut étaient plus intéressés à tisser ces liens qu’à encourager les querelles qui aboutirent à la dissolution de l’union en 1905. Marcus Wallenberg reconnaît lui-même qu’il était largement impliqué dans le développement de la société Almänna Svenska Elektriska Aktiebolaget (ASEA) au moment de sa première rencontre avec Sam Eyde. Une industrie fondée sur le four Birkeland-Eyde pouvait être synonyme de commandes pour ASEA.


Knut Wallenberg s’intéressa de plus en plus à la politique et devint même ministre des affaires étrangères en 1914. En 1911, il céda son poste de directeur général de la Enskilda Bank à Marcus, qui fut ainsi projeté sur le devant de la scène et devint une figure de proue. Marcus avait pour mission, entre autres, de signer un accord commercial avec la Grande-Bretagne. Il s’avéra alors un brillant négociateur.


De nouvelles tâches lui furent confiées et il se bâtit une solide réputation dans les secteurs économique et financier. Il disposait également d’aptitudes stratégiques évidentes, d’exceptionnelles compétences linguistiques et d’une parfaite compréhension de la nature humaine.


Malgré ses nombreuses activités, Wallenber n’a jamais négligé Hydro. Il est évident que le développement de Hydro lui revient en grande partie. Il quitta le conseil d’administration de Hydro pour raisons de santé en 1942 et mourut un an plus tard.


Kristian Anker Olsen, éditeur du livre commémorant le 50è anniversaire d'Hydro en 1955, parle de la contribution de Marcus Wallenberg à la création et au développement de la société en ces termes : « Elle a été fondamentale. Il n’était pas simplement l’un des trois fondateurs de la société ; avec Eyde et de Birkeland, il a véritablement écrit un chapitre de l’Histoire. »

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