Le physicien Kristian Birkeland est un homme passionné qui s’intéresse tout particulièrement aux aurores polaires et a décidé de financer ses recherches par le biais de ses inventions. En 1901, il entreprend des travaux qui aboutiront au développement du canon électrique.
Ce professeur norvégien est convaincu qu’il est possible de propulser un projectile en utilisant un champ magnétique au lieu de la poudre habituelle. Tentant d’apporter la preuve de sa théorie, il rencontre de nombreux problèmes, parmi lesquels celui des courts-circuits prenant la forme d’arcs électriques.
Mais Birkeland pense avoir trouvé une solution et, en 1901, il dépose une demande de brevet pour une technique permettant d’éviter la formation des arcs électriques due au court-circuit de la charge électrique. Par ailleurs, il remarque que ces courts-circuits s’accompagnent d'une odeur d'oxyde d'azote.
Une rencontre décisive un vendredi 13
Le vendredi 13 février de cette même année, Kristian Birkeland est invité à dîner avec le ministre norvégien, Gunnar Knudsen. L’ingénieur Sam Eyde est également présent. Il est assis à côté de la fille de son hôte, Lulli Knudsen, tout comme Kristian Birkeland. C’est la première fois qu’Eyde et Birkeland se rencontrent.
Birkeland demande à Eyde sur quoi il travaille actuellement. L’ingénieur lui parle alors de ses travaux sur l’extraction de l’azote ainsi que des droits qu’il a obtenus pour l’exploitation de l’énergie hydroélectrique.
« Ce que je souhaite le plus, c’est obtenir la décharge électrique la plus puissante au monde », dit alors Eyde, ce à quoi Birkeland répond : « J'ai ce qu'il vous faut ».
Dans un discours prononcé deux ans plus tard, Birkeland déclare que c’est la destinée qui lui a permis de croiser le chemin de Eyde quelques jours seulement après avoir observé le phénomène de l'arc électrique.
Pas de temps à perdre
Durant le dîner avec Knudsen, les échanges entre Birkeland et Eyde sont si riches que les deux hommes décident de se rencontrer à nouveau le lendemain. Quelques jours plus tard seulement, ils signent un accord concernant le dépôt de brevets sur la méthode découverte par Birkeland. Ces brevets, tout comme plusieurs autres déposés ultérieurement, sont au nom de Birkeland. Sans doute qu’à cette époque, Eyde s’intéresse davantage à la protection de leurs droits et au lancement de leurs recherches.
Le 20 février, Birkeland dépose une demande de brevet concernant les « Techniques d’utilisation de l’électricité permettant de produire de l'azote à partir de l'air et autres mélanges gazeux ». Ce brevet est considéré comme le tout premier de l’histoire de Norsk Hydro.
Une technique de production de composés azotés
Dans ce brevet, les caractéristiques particulières du phénomène des arcs électriques sont décrites avec précision. Le rythme des recherches menées par les deux scientifiques ainsi que cette explication détaillée montrent clairement que Birkeland a acquis des connaissances approfondies sur le sujet avant sa rencontre avec Eyde.
Un certain temps devra s’écouler avant que le contenu de leur accord soit révélé car les deux hommes cachent bien leur jeu.
Pour voir les pièces du puzzle se mettre en place, il faudra en effet attendre 1904 et l’annonce par le magazine norvégien des brevets du dépôt de brevet de Birkeland concernant sa technique.
Un jour mémorable pour Sam Eyde
Le dîner de rencontre de Eyde et Birkeland s’avèrera également déterminant dans la vie d’autres personnes. Pendant des années, Eyde enverra des fleurs à sa voisine de table, Lulli Knudsen, à la date anniversaire du dîner. Et, lorsqu'il épousera Elida Simonsen 10 ans plus tard, ce sera également à cette même date : le 13 février.
Beaucoup penseront par la suite qu’Eyde a eu pour la première fois l’idée d’extraire l’azote de l’air après avoir assisté à une démonstration du fonctionnement du canon électrique de Birkeland. Dans ses mémoires rédigées en 1939, Eyde écrit que Birkeland a fait cette démonstration le 6 février 1903, mais elle a en fait eu lieu un mois plus tard, à savoir le 6 mars 1903.
Le lendemain, le 7 mars, on pouvait lire dans le quotidien national « Morgenbladet » : « Le tir effectué hier avec un projectile de 10 kg n’est pas une réussite totale en raison de la combustion de certains câbles qui a rendu le canon inutilisable. D’après le professeur, la réparation ne devrait prendre qu’une demi-heure. »